LETTRE OUVERTE A FRANCOIS FILLON, PREMIER MINISTRE FRANÇAIS, A PROPOS DES FARC, “PRISONNIERS POLITIQUES”

31 mars 2008

Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur le Premier ministre, je suis horrifié par votre annonce à TF1 du 30 mars sur « l’accueil » en France de « prisonniers politiques » colombiens si Ingrid Betancourt est libérée par les FARC. 

Vous avez ainsi qualifié les terroristes de cette guérilla incarcérés en Colombie. Nombre d’entre eux sont condamnés pour crimes contre l’Humanité. Ce ne sont ni des « militants », comme vous l’avez également dit, ni des « prisonniers politiques ». Je vous rappelle que l’Union européenne, dont la France va assurer la présidence le 1er juillet prochain, considère les FARC comme une organisation « terroriste » depuis 2002. 

Votre volonté de sortir de son martyre l’ex-candidate colombienne Ingrid Betancourt à la présidence de son pays mérite le respect. Mais elle ne peut inclure l’octroi à des terroristes du statut de réfugié politique dans ce pays, qui est aussi le mien, et pour lequel je me suis battu au nom de la liberté d’expression pendant 35 ans, notamment quand je dirigeais l’Agence France Presse à Bogota de 1999 à 2004, pour la Colombie, le Venezuela et l’Equateur. 

A la limite, à l’image de lecteurs de mon blog (www.jacquesthomet.unblog.fr), je pourrais accepter que la France, patrie  des droits de l’Homme et de la liberté pour des pays comme la Colombie, accepte d’héberger les guérilleros des FARC. Mais une telle mesure devrait passer par l’engagement public initial de cette guérilla à déposer les armes et à renoncer à toute action terroriste. 

C’est loin d’être le cas. Cinq jours après la proposition du président colombien d’envoyer avec votre accord en France des guérilleros des FARC détenus en échange de la libération éventuelle d’Ingrid, l’Etat-major rebelle n’a toujours pas daigné répondre à cette offre sans précédent. Il s’agirait d’une véritable amnistie. Elle vient même d'être refusée par l’ONU, puisque sa direction en Colombie a rappelé à l’ordre Alvaro Uribe pour insister sur son opposition à la libération d’auteurs de crimes contre l’Humanité. 

Monsieur le Premier ministre, la France n’a cessé de commettre des impairs diplomatiques depuis 2002, après l’enlèvement d’Ingrid, notamment en 2003 quand Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, avait envoyé un avion militaire français Hercules C-130 en Amazonie avec 11 espions à bord pour une tentative avortée d’exfiltrer Ingrid. Cette opération avait failli provoquer une rupture des relations de notre pays avec le Brésil et la Colombie. Ni les deux présidents de ces pays, ni Jacques Chirac n’en avaient été informés au préalable.

L'affaire des otages en Colombie relève d'un conflit d'intérêt majeur, que vous ignorez peut-être compte tenu de vos multiples obligations. La France a pris fait et cause contre Bogota depuis 2002, en fermant les yeux sur les exactions des FARC, comme si le responsable du criminel enlèvement (qui relève des Assises) d'Ingrid n'était pas cette guérilla sanguinaire, mais le gouvernement de Bogota.

Elu en 2002 et réélu en 2006, à chaque fois au premier tour, le président colombien a entrepris une lutte sans équivoque contre ces terroristes, coupables y compris de séquestrer des bébés. Les deux agents de cette méprise ont été et restent Dominique de Villepin, ex-professeur d'Ingrid à Sciences politiques à Paris en 1981, et son ami proche, et Daniel Parfait, ex-ambassadeur de France à Bogota (2000-2004), devenu directeur Amériques au ministère français des Affaires étrangères jusqu'à aujourd'hui, et remarié depuis 2006 à Astrid Betancourt, soeur d'Ingrid. 

N’ajoutez pas à cette avanie, je vous en prie Monsieur le Premier ministre, la honte pour nous Français qui connaissons le drame colombien, d’avoir à côtoyer un jour dans une rue de Paris l’un des tortionnaires d’Ingrid et de milliers d’autres otages de ce groupe de terroristes. Aucun de ces futurs réfugiés éventuels ne mérite ce statut de « prisonnier politique » que vous leur avez donnés, dans un élan de magnanimité respectable, mais contre-nature.  Jacques THOMET 

 


7 commentaires


  1. Tout à fait d’accord,d’autant que le silence des farc en dit long sur ce qu’ils pensent de cette proposition,Rodrigo Granda,libéré en juin dernier avait le choix entre la France,la Suisse et l’Espagne et bien il est allé à Cuba.Pour les farc,le seul territoire qui convienne reste l’amérique du sud,comme pour les talibans l’Afganisthan ou d’autres la Syrie

  2. Jean87

    La proposition est très interssante pour des braves types rendus associaux par leur vie dans la jungle, leur enbrigadement et l’usage des armes, redevenus presque normaux en prison tout simplement avec cette nouvelle vie:
    “Bouffer tous les jours, ne tuer personne, ne plus avoir peur de mourir et regarder les telenovellas”
    Ces gars n’ont plus envie de retourner dans la jungle aux ordres du camarade adjudant qui peut les flinguer dès qu’il a un doute.
    Et des doutes le camarade adjudant peut en avoir, car les camarades détenus en ont vraiement racontés des secrets ou des choses inavouables!
    Sans compter que certains ont fait savoir qu’ils n’avaient pas envie de quitter la prison pour revenir dans la jungle.
    Bref ils sont tous suspects et ils savent se que cela veut dire.

    La proposition Uribe est très interessante:
    Vous ne flinguez pas les gens auquels vous avez finis par vous attachez.
    Vous les rendez aux autorités.
    Fini cette vie de chien dans la jungle.
    Un petit pécule et les voila assis à la terrasse d’un café parisien.

    Tentant et comme on a envie de flinguer le “commandant” qui vous prend pour une bête.
    D’ailleurs, le commandant le sait et il est en train de devenir paranoïque. Il va falloir se dépécher….

  3. Clara Cardenas

    Merci Monsieur Thomet pour vos déclarations à l’Express et aussi pour votre lettre ouverte au Premier Ministre F. Fillon.
    Comme moi, beaucoup de Colombiens résidant en France trouvons inadmissibles que Monsieur Fillon qualifie de “prisonniers politiques” les membres des FARC. De même, il nous semble cynique et scandaleux que l’on puisse octroyer le statut de réfugiés politiques à des auteurs de graves délits et ayant contribué à la misère morale et sociale de grands secteurs de la population colombienne, en particulier les paysans des zones infestées par les terroristes des FARC.
    Encore plus scandaleux, compte tenu du déficit budgétaire de votre beau pays, est le fait que l’on destine des ressources à des individus qui n’ont rien à voir avec la France, alors que ces ressources devraient aller en priorité à des nationaux vivant la précarité, comme l’on en voit tous les jours dans les stations de métro de Paris et dans les rues des grandes villes françaises, sans parler des banlieues.
    Dans un forum du Monde un militaire français se plaignait du fait qu’un avion médicalisé est mis au service de Mme Betancourt, alors que des soldats français en Afghanistan attendent depuis des semaines un avion pour être rapatriés en France. Le Gouvernement français oublie-t-il la maxime “Charité bien ordonnée commence par soi-même” ?
    Ces incohérences sont très préjudiciables à tous, Français et Colombiens, car elles font le jeu de ce groupe néfaste qui n’a apporté que la terreur et la mort en Colombie, et comme vous le dites si bien, à tous ceux du même acabit.
    Il est regrettable que des intellectuels soi-disant respectables, dont bon nombre se trouve en France, s’obstinent à trouver une justification aux agissements des terroristes des FARC, mais encore plus lamentable est le fait que ce discours trouve un écho ans la façon d’agir des membres du Gouvernement français. On dirait une “remake” des histoires de la gauche française au temps de Staline et autres “bienfaiteurs” soviétiques ! A la fin, si jamais Ingrid est libérée, ceux qui auront à supporter les conséquences de tant d’avanies et de mensonges tomberont dans oubli, là où jamais ces “défenseurs” de grandes idées n’iront les chercher, car ils n’ont le “glamour” d’une Ingrid ou d’une Astrid !

  4. Fabio

    Gracias Clara! On ne peut pas le dire mieux.

    Jacques, je crois que malheuresement Fillon ne vous répondra pas. Le gouvernement s’est habitué dans cet affaire à manipuler ses ccitoyens, et à violer le droit international, avec le silence complice de la presse et des intellectuels. Avez vous envisagé d’envoyer une copie de cette lettre aux instances juridiques? Quand celles-ci découvriront qu’accueillr ces terroristes est un impossible juridique et moral, quelq’un reagira finalement.


  5. Fabio merci !

    J’ai envoyé la lettre ouverte à Fillon en demandant une réponse. Je doute qu’elle me parvienne, même si j’ai maintenant 3.000 CONSULTATIONS par jour. Ses services, pas plus que David Martinon à l’Elysée avant sa disgrâce, n’ont jamais répondu à mes questions.
    Je suis seul à alimenter le blog, tu as mille fois raison, il faudrait avoir le temps de consulter un avocat spécialisé dans ces question. Si tu en connais, balance-moi leur point de vue sur le blog ! Cela fera du bruit dans le silence de la presse.
    Personne dans les médias n’a réagi à cette perspective de criminels contre l’Humanité hébergés en France!
    J’ai envoyé ma lettre ouverte au Monde pour la page Opinions. On verra.
    Saludos/Jacques

  6. Fabio

    Bonjour Jacques,

    D’abord je dois vous dire que je suis parmi les adictes à votre blog. La Colombie devrait vous nommer “Citoyen d’honneur”, tellement vous avez fait pour la cause des 800 otages, ou au moins, on devrait créer une “Maison de la Franche-Comté” à Bogotá!

    Malheuresement je ne connais pas un spécialiste en droits de l’homme, mais si vous me donnez quelques jours, je pourrais vous en trouver un avec des gens que je connais. Tout dont je me souviens est que pour un cas similaire, celui de l’accueil en France des Brigadistes Rouges, la condition posée par Miterrand était que ceux reçus ne soient pas condamnés en Italie par crime de sang (et bien sur, meme le pire terroriste italien passerait par un enfant de choeur à coté d’un Jojoy ou d’un Marquez). Et tout ceci etait bien avant les nouvelles législations internationales suite aux génocides en ex-Yugoslavie et au Ruanda.

    Ce qui proposent Fillon et Sarkozy non seulement est scandaleux (c’est presque une invitation à tous les Ben-Ladens de la planète à kidnapper pour qu’ensuite on oublie ses crimes et qu’ils soient accueillis en France), mais c’est aussi illegal et immorale: les Farc ont kidnappé et assassiné d’autres français (Mme Duvalier par ex), ces crimes resteront-ils sans coupable?

    Comme je l’ai dit avant dans ce blog, les reserves du Haut Commisaire des NU laissent entendre que d’autres pourraient poser plainte aupres des instances internationales, si jamais ces terroristes sont accueillis en France en toute impunité.

  7. Michel45

    « Le prix de l’inconscience »

    N’oublions tout de même pas que Mme Betancourt faisait campagne pour le pouvoir en Colombie et qu’à ce moment là elle se fichait pas mal de la France je suppose.

    La double nationalité c’est bien (c’est en fait une belle c.) mais ça ne résout pas tout. Lorsqu’elle est allée au contact des FARC, elle avait sa casquette de Colombienne ? Alors pourquoi la France devrait-elle se précipiter au secours d’une « Française » victime d’un enlèvement, si ce n’est dans un souci humanitaire qui n’a rien à voir avec le tapage médiatique en la circonstance ?

    Elle a prétendu donner des leçons aux autres candidats et au monde en démontrant qu’on allait voir ce qu’on allait voir et qu’elle, Ingrid Betancourt, allait amadouer ces gentils révolutionnaires de FARC martyres de cette méchante droite Colombienne.

    Eh bien elle a vu qui étaient ces gentils garçons ! C’est elle qui est allée toute seule dans la gueule du loup. Alors, faisons tout pour sa libération comme nous le ferions pour n’importe qui d’autre, mais avec un peu de retenue et de pudeur.

    Ingrid Betancourt est un être humain qui mérite le respect comme tout individu, mais elle a pris des risques et joué avec le feu. Quand on prend des risques pour un tel enjeu, il faut aussi les assumer (ce qu’elle fait d’ailleurs avec courage).

    Elle est un être humain, comme les autres, ni plus ni moins.

    Je voudrais que la France consacre le même prix et la même publicité au sauvetage ou à la vie des tous les autres êtres humains qui souffrent ou qui meurent, faute de soins, sans abris, victimes d’agressions ou d’enlèvements, victimes de dictatures, bref : victimes de la bêtise et de la méchanceté humaine, y compris à l’intérieur de l’hexagone.

    Mais pour la plupart, pas d’antenne sanitaire à grand renfort de publicité, ils meurent sur le trottoir ou ailleurs dans l’anonymat.

    Tout ceci n’enlève rien au fait que c’est une femme courageuse, sans doute un peu inconsciente et exaltée ? Que ce sont ses enfants qui sont finalement à plaindre et que je comprends leur combat, car une mère, quelle qu’elle soit, est toujours une mère et rien ne peut la remplacer.

    Je souhaite sincèrement à Ingrid Betancourt de revenir parmi les siens le plus vite possible, dans la meilleure santé possible et d’oublier ce qui a dû être pour elle et les siens un cauchemar insupportable.

    Mais je ne comprendrais pas, qu’en contrepartie de sa libération, on accueille en France des hommes ou des femmes (les prisonniers FARC de Colombie), qui sous couvert de défendre les droits de l’homme, veulent en fait installer le marxisme dont on sait le mal que ces théories on faites dans le monde avec plus de 100 millions de morts en un demi siècle, et le mal qu’ils font en ce moment à tous les otages qui sont leurs prisonniers.

    Ces FARC qui vivent de la drogue détruisant notre jeunesse, dans un pays ne l’oublions pas, ou le président Uribe a été élu démocratiquement, quand bien même celui-ci serait « conservateur » cela ne regardant que le peuple Colombien.

    Libérer Ingrid Betancourt à tout prix : oui, mais pas à n’importe quel prix !

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    * Wikipédia :

    La Colombie est une république présidentialiste. Le droit de vote est accordé à tous les citoyens âgés de plus de 18 ans. Le président est élu pour une période de 4 ans. Le Parlement est composée de deux chambres : la Chambre des députés (163 membres élus tous les 4 ans) et le Sénat (102 membres, également élus tous les 4 ans). Le droit colombien est copié sur le modèle du droit espagnol et le code Napoléon introduit par Andrés Bello.

    Le 29 mai 2006, Álvaro Uribe est réélu président avec 62,2 % des voix dès le premier tour de l’élection présidentielle du dimanche 28 mai. Au pouvoir depuis 2002, le conservateur Álvaro Uribe reste donc président de la Colombie jusqu’en 2010.

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