Voici la traduction COMPLETE en français par Colibri, que nous remercions une fois de plus!
Entretien avec Iván Márquez, du secrétariat des FARC
Vendredi 25 juillet 2008
Les agences Anncol et ABP Noticias présentent à leurs lecteurs la transcription des réponses apportées par le Commandant Iván Márquez, membre du secrétariat de l’Etat-major central des FARC-Armée du peuple, aux questions du journaliste William Parra de Telesur, sur différents thèmes relatifs à la réalité de la confrontation politique et sociale que connaît la Colombie.
Q : en premier lieu, que représente la mort du commandant Manuel Marulanda Vélez et comment la disparition de leur chef historique a-t-elle été digérée par les FARC ?
R : elle représente l’absence douloureuse d’un être indispensable ; du bâtisseur de l’Armée du Peuple ; du stratège de la Campagne bolivarienne pour la Nouvelle Colombie ; du commandant légendaire, artisan de la conception tactique, opérationnelle et stratégique des FARC et de la guerre de guerrillas mobiles ; du dirigeant politique de l’insurrection …. Manuel Marulanda Vélez – comme dans les vers de Neruda – ‘n’est pas mort. Il est au milieu de la poudre, debout, tel une mèche allumée’. Il continue à combattre depuis les montagnes rebelles de l’éternité. Il demeure vivant dans les fusils des guerrilleros des FARC, dans le Plan stratégique, dans la Plateforme bolivarienne pour la Nouvelle Colombie, et dans l’aspiration collective à la Grande Patrie et au Socialisme, qui sont comme un immense drapeau au vent. Devant notre Commandant en chef, sur l’autel de la patrie, nous avons juré de vaincre, et nous vaincrons. Comment digérons-nous cette absence? En réaffirmant notre détermination à lutter. En renforçant notre cohésion. En nous ancrant dans nos principes. En empoignant avec davantage de force le livre et les fusils du bouclier invincible de la guerrilla des FARC.
Q : de votre point de vue, quel est le principal héritage laissé par Manuel Marulanda Vélez au pays ?
R : d’avoir jeté les bases du Nouveau Pouvoir avec la construction d’une armée populaire bolivarienne, cohérent dans ses structures, organisé autour du Plan Stratégique, déterminé de manière irréversible à prendre le pouvoir pour le peuple. Manuel Marulanda Vélez est un exemple de conviction, de persévérance et de lutte acharnée. Jamais nous ne serons inférieurs à la foi déposée par les peuples de Notre Amérique dans la lutte de résistance des FARC. Leurs manifestations impressionnantes de solidarité nous font nous exclamer, comme le Libérateur Simón Bolívar que ‘notre résolution est imperturbable : l’indépendance, sinon rien’.
Q : pourriez-vous nous dresser un brève portrait de Manuel Marulanda Vélez ?
R : je travaille en ce moment à un portrait de lui intitulé ‘Manuel Marulanda Vélez, le héros insurgé de la Colombie de Bolívar’. Pour le moment, je ne trouve à répondre à votre demande qu’en vous citant les vers épiques et étincelants du poète Luis Vidales : ‘Je chante, Colombie, pour Manuel, le guerrillero/ C’est lui, Amérique latine, que je chante/ C’est lui, monde d’aujourd’hui, que je vous présente / Manuel est le père de la jungle colombienne / il est le berger de la paix dans le troupeau / Manuel est frère des fleuves et du vent / et là-bas où la montagne est plus libre / douce patrie vers le ciel, là-bas je le sens / dans sa louange la nuit illuminée / lâche sa fusillade d’étoiles / Les hautes terres propres l’ont vu colombien / et l’air pur fut doux à son sommeil / L’aigle qui passe est un tir d’arme à feu / chaque oiseau est comme un papier qui traverse le ciel / Pour lui parler de la patrie les arbres murmurent / et le tronc du palmier fait flamber sa bannière / pour indiquer que passe le guerrillero / Un moment ! lui dit l’aube limpide / et, sur un rocher de l’Ande américaine / elle fait de lui en pied une photo spectrale / Les arbres sont comme des escadres de son armée / en tant que défenseur du pauvre, proche parent du blé / il en est de lui comme de celui-là: quarante fois on l’a laissé pour mort / et quarante fois il est demeuré vivant.
Q : le commandant Marulanda est mort à un mauvais moment pour les FARC : le mois de mars a été très dur pour l’organisation insurgée ; vous avez perdu non seulement Raúl Reyes et Iván Ríos… Quel commentaire vous inspirent les circonstances qui ont caractérisé ce moment de mars si triste ?
R : nous autres révolutionnaires nous ne choisissons pas le moment de notre mort, mais en quelque endroit que la mort nous surprenne, qu’elle soit la bienvenue, comme dit le Che, pour autant –et ça, c’est moi qui le dis – que notre cri de lutte, de lutte pour la paix et la justice sociale, notre cri d’indépendance, de socialisme et Grande Patrie, parvienne à une oreille réceptive. La lutte que nous livrons est une lutte menée jusqu’à ses ultimes conséquences, car, ‘dans une révolution, si elle est sincère, on triomphe ou on meurt’. Les dénouements douloureux sont prévisibles dans toute confrontation, et à plus forte raison si l’on affronte un ennemi doté d’un grand pouvoir de feu, qui a amené la guerre au stade de la dégradation et qui bénéficie de l’appui entier des technologies militaires de pointe et des dollars que lui fournit le gouvernement des Etats-Unis dans le cadre de sa stratégie spoliatrice de domination et d’asservissement. Mais nous pouvons affirmer, malgré le triomphalisme médiatique, que nous sommes en train de sortir de l’horrible nuit de mars forts d’une expérience nouvelle et avec un horizon clair afin de continuer la bataille pour la paix, la justice sociale, la démocratie véritable et la dignité.
Q : pour beaucoup, ces coups reçus, ces morts, laissent les FARC dans une situation difficile. Plusieurs analystes considèrent que cette guerrilla est pratiquement vaincue sur le plan militaire ? Ont-ils raison ?
R : ils ne connaissent pas les FARC. Ils prennent leurs désirs pour la réalité et se bernent avec leurs propres illusions. Les FARC, ce n’est pas une armée de jeunes bleus. Il leur arrive, aux FARC, la même chose qu’à Bolívar, qui croissait dans l’adversité. La fin de la fin des FARC, on en parle depuis l’attaque de Marquetalia en mai 1964. En 44 ans, ils ont lancé toutes sortes de plans et d’opérations militaires pour les annihiler, et ils n’y ont pas réussi.. D’abord le plan LASO, acronyme anglais qui signifie Opération latino-américaine de sécurité, avec pour objectif d’empêcher l’émergence d’un nouveau Cuba sur le continent ; tel était le but de l’opération Marquetalia. Ensuite, ils ont mis sur pied l’opération Sonora qui cherchait à vaincre militairement les FARC dans la Cordillère centrale, mais ils n’ont pas intégré le fait qu’ils combattaient les guerriers de Manuel. Ensuite, ils ont lancé l’opération Centaure ou Maison verte, mais les agresseurs ont dû s’en retourner la queue entre les jambes à Tolemaida, où les attendaient leurs mentors et instructeurs nord-américains. Ces agressions ont été suivies, comme autant de vagues, par les plans Thanatos, Destructor 1, Destructor 2 et le plan Colombie. Et, parallèlement à cela, ils ont déclenché l’horreur du paramilitarisme, stratégie criminelle de contre-insurrection de l’Etat qui cherchait à détruire à travers les massacres, les fosses communes et les tronçonneuses ce qu’il tenait pour les bases sociales de la guerrilla. Et maintenant, avec le Plan patriote conçu par les stratèges du Commandement sud de l’armée des Etats-Unis, avec l’utilisation de technologies militaires sophistiquées, de satellites, d’avions et de drones, avec des troupes qui dépassent les 400 000 soldats et des milliers de conseillers et de mercenaires gringos, avec l’aide militaire de Washington sous forme de dizaines d’hélicoptères et de milliards de dollars sur la période la plus récente, ils aspirent, dans un effort désespéré, à vaincre l’insurrection et le mécontentement populaire. Ni le feu, ni les bombes des opérations militaires des oligarchies et de l’empire, ni les marches manipulées ne parviendront à désarticuler la résistance et la lutte pour une Colombie Nouvelle, bolivarienne. La lutte armée est toujours à l’ordre du jour en Colombie, et ce parce que les problèmes politiques, économiques et sociaux qui l’ont motivée n’ont pas disparu. En 1984, avec l’accord de La Uribe, nous avons essayé la lutte par le voie électorale, mais l’alternative politique que nous proposions, l’Union patriotique, a été balayée à coups de feu. A 5 000 s’est élevé le nombre de morts du fait de l’intransigeance du régime santandériste qui opprime la Colombie. C’est pour cela qu’aujourd’hui nous luttons clandestinement à travers le Mouvement Bolivarien pour la Nouvelle Colombie. Dans les FARC, il y a des gens avec des principes. Nous sommes des indiens courageux. On ne nous séduit pas avec le chant des sirènes. Nous sommes prêts pour engager le combat, avec le pas des vainqueurs, prêts pour la bataille d’Ayacucho du XXième siècle, à laquelle nous convions tous les peuples de Notre Amérique. Pour paraphraser Bolivar, nous sommes comme le soleil, dardant nos rayons de toutes parts.
Q : que pouvez-vous nous dire de la version du président Uribe et du ministre de la défense de Colombie, Jaun Manuel Santos, qui insistent sur le fait que le commandant Marulanda n’est pas mort des suites d’un arrêt cardiaque, mais de peur ou du fait de bombardements intensifs ?
R : avec des idées pareilles, aussi bien le président Uribe que le ministre de la défense Santos, témoignent d’une ânerie aussi incroyable qu’extraordinaire. Seul un imbécile pourrait avaler le fait que le guerrillero légendaire, qui a fait front durant 60 ans à 17 gouvernements et, durant ce laps de temps, à tous les Etats-majors des Forces armées officielles, puisse mourir de peur. La prétention de ces benêts ne peut provoquer que l’hilarité et l’indignation. Comme l’a dit le commandant Manuel lui-même : ‘on ne peut tuer personne avec une rafale de mots’.
Q: comment a été décidée la désignation d’Alfonso Cano comme chef suprême des FARC et quels changements cela suppose-t-il dans la définition de la conduite de l’organisation ?
R : cela pose la continuité des plans. Et, pour ce qui est de la façon dont a été désigné Alfonso comme nouveau commandant des FARC, je dois dire que cela s’est fait à l’unanimité le 27 mars, lorsque nous avons appris la malheureuse nouvelle du décès du Commandant en chef. Ce même jour, nous avons pris également la décision de différer l’annonce de cette information pour la faire coïncider avec le 44ème anniversaire des FARC. L’ensemble de l’Etat-major central, du secrétariat et des combattants des FARC sont unis de manière inébranlable autour du commandant Alfonso Cano.
Q : beaucoup d’analystes et de commentateurs assurent qu’avec l’arrivée du commandant Cano s’ouvrent de nouvelles possibilités pour engager une négociation, et se présente une nouvelle possibilité pour l’échange humanitaire et la paix ? Quel jugement portez-vous sur ces affirmations ?
R: les politiques de FARC sont déjà définies et déterminées par nos Conférences nationales et les Plénums de l’Etat-major central. Il y a une ligne tactique et stratégique qui est élaborée collectivement. La paix a toujours été notre principal objectif stratégique, et, de ce point de vue, nous nous retrouvons avec le Libérateur pour qui ‘l’insurrection s’annonce avec un esprit de paix ; elle résiste au despotisme car celui-ci détruit la paix ; et elle ne prend les armes que pour obliger ses ennemis à la paix’.
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La suite, toujours avec Colibri aux manettes:
Q : les évènements du 2 juillet qui ont débouché sur la libération de 15 prisonniers paraîtraient indiquer que les opérations militaires de libération constituent une solution au problème. Que s’est-il passé dans la jungle du Guaviare ?
R : dans la libération inattendue de 15 prisonniers de guerre dans la jungle du Guaviare, ni Uribe ni Santos, ni les généraux Padilla et Montoya ne sont les héros qu’ils prétendent être. Dans cette prétendue opération, la seule chose qu’ils aient faite, c’est de fournir les hélicos ; tout le travail a été réalisé par deux traîtres qui, à leur tour, ont été trahis par les généraux et par le gouvernement. L’opération a été utilisée à fond pour lancer des fleurs au Président, aux militaires, à la politique de Sécurité démocratique et, surtout, pour masquer l’illégitimité et l’illégalité scandaleuses du second mandat de monsieur Uribe, fruit du délit de subornation qui a permis sa réélection immédiate. Le président Uribe cherchait à dissimuler son talent d’épouvantable dictateur qui attaque avec tous les feux de sa colère les arrêts de la Cour qui lui sont défavorables. En agissant hors du cadre de son propre état de droit, il prétend vaincre, depuis le palais de Nariño, l’indépendance de la Cour à coups de puissantes charges explosives. Il a déjà soumis la branche législative du pouvoir ; il s’attaque maintenant à la branche judiciaire.
Q : au sujet de cette libération du 2 juillet, le commandant Fidel Castro a dit que les FARC n’auraient jamais du capturer Ingrid Betancurt [NDT : sic] et qu’elles ne devraient pas non plus maintenir les soldats et les civils en leur pouvoir dans les conditions de vie qui sont celles de la jungle, ce qu’il considère comme un acte de cruauté. Que pensez-vous de cet argument du commandant ?
R : je ne voudrais pas extérioriser les sentiments que provoquent de type de positions. Je veux simplement dire que les FARC sont dans leur droit le plus entier de rechercher par tous les moyens la liberté des guerrilleros combattants détenus aussi bien dans les prisons du régime que dans celles de l’empire. Nous cherchons une porte de sortie qui mette fin aux souffrances de la captivité pour les prisonniers des deux parties en présence. Il faut penser également à la cruauté et aux chaînes que supportent les nôtres dans les oubliettes du régime uribiste et dans celles de l’empire, qui sont les mêmes que celles dont souffrent les 5 héros cubains et les milliers de prisonniers niés dans leurs droits dans les prisons d’Abu Graih [NDT : re-sic] et de Guantánamo. Je veux ajouter qu’en Colombie, certains dirigeants politiques sont plus militaristes et plus va-t-en-guerre que les militaires eux-mêmes. Nombre d’entre eux instrumentalisent et sont des protagonistes actifs de la législation sur la guerre et de la répression contre le peuple de Colombie sous la forme du terrorisme d’Etat.
Q : le président Uribe parle d’encerclement humanitaire des camps où pourraient se trouver les prisonniers de guerre ? Quelle signification revêt cette annonce pour les FARC ? L’ordre selon lequel on n’autorisera pas les libérations par la force perdure-t-il ?
R: il n’y a pas d’encerclement humanitaire, seulement des encerclements militaires. Le thème des encerclements humanitaires est une tromperie pour donner la sensation d’un contrôle du territoire qui n’a jamais existé. Au milieu de tout cela, ce qui existe, c’est un ordre infâme du président Uribe à ses généraux de libérer les prisonniers par les armes et en faisant couler le sang, sans attacher d’importance aux conséquences. Dans ces circonstances, tout dénouement fatal sera de la responsabilité de monsieur Uribe.
Q: le gouvernement français a offert de recevoir tous les membres des FARC qui seraient inclus dans l’échange. Si l’échange se concrétise, les FARS seraient-elles disposées à laisser les guerrilleros libérés se rendre dans un autre pays ?
R : cette hypothèse est en soi un affront à la dignité des guerrilleros des FARC. Les véritables combattants n’échangent ni les montagnes de la patrie ni leurs convictions contre un exil humiliant outremer.
Q: la France a pris le premier juillet la présidence de l’Union européenne. Du fait de l’intérêt que porte ce pays à l’échange humanitaire, les FARC envisageront-elles la possibilité de rechercher leur reconnaissance politique, la reconnaissance de leur statut de force belligérante, et le retrait de leur nom de la liste des groupes terroristes ?
R: de fait, nous sommes une force belligérante dans l’attente de cette reconnaissance de la part de ceux qui souhaitent contribuer à la paix de la Colombie. C’est une condition temporaire, le temps que soit résolu le conflit de légitimités. Le qualificatif de terroristes ne nous a été imposé que du fait du pire terroriste qu’ait jamais connu l’humanité ; le gouvernement des Etats-Unis.
Q : les médias parlent à profusion de FARC mal en point politiquement et militairement, et décimées tant en nombre de combattants qu’en termes de ressources financières. Les analystes considèrent que les FARC traversent le pire moment de leur histoire. Jusqu’à quel point les FARC sont-elles mal en point ?
R : en réalité, ce qui les préoccupe, c’est le déchaînement éventuel de la protestation sociale avec l’existence d’une guerrilla bolivarienne comme les FARC, qui a déjà achevé le déploiement stratégique de ses forces sur l’ensemble du territoire national. D’où le Plan patriote. D’où l’escalade de l’intervention militaire des Etats-Unis en Colombie. D’où la conversion de la base aérienne de Tres Esquinas en base américaine, dans cette Amazonie qu’ils convoitent. Si les FARC étaient déliquescentes ils n’annonceraient pas le transfert en Colombie de la base de Manta. Ce qui est en pleine déliquescence en revanche, ce sont les institutions colombiennes pourries, éclaboussées par le sang et la cocaïne, le narco-paramilitarisme et l’illégitimité.
Q : dans les circonstances actuelles, il est possible d’arriver à une négociation de paix avec le gouvernement Uribe ?
R : avec Uribe, la paix n’est rien d’autre qu’une chimère. La solution politique du conflit n’est possible qu’avec un autre gouvernement, et d’autant plus s’il est le résultat d’un Grand Accord National dans lequel les forces du changement et le souverain, c’est-à-dire le peuple, joueraient un rôle de premier plan. Un nouveau gouvernement qui, plaçant la paix au sommet de ses priorités, rassemble les troupes dans leurs casernes et renvoie les gringos chez eux.
Q : quelle analyse les FARC font-elles en ce moment du gouvernement d’Uribe et de la situation des institutions colombiennes au milieu du sabbat de la narco-parapolitique et d’autres scandales comme celui de la Yidis-politique ?
R: c’est un gouvernement narco-paramilitaire, illégitime et illégal, qui n’est soutenu que par l’appui criminel du gouvernement de Washington, par le terrorisme d’Etat, par la manipulation de l’opinion à travers des campagnes médiatiques, par les massacres, par la confiscation des terres, le déplacement forcé, la tronçonneuse, les fraudes et la corruption. Les Etats-Unis ont besoin d’un régime comme celui de la Colombie pour l’utiliser comme tête de pont dans l’assaut néo-libéral sur le continent.
Q : les FARC ont dit que le gouvernement d’Uribe Vélez est illégal et illégitime. Pour quoi, dans ces conditions, se maintient-il, selon les informations de la presse colombienne, aux niveaux de popularité les plus élevés ? Pourquoi ce gouvernement ne s’effondre-t-il pas ?
R : ces enquêtes ne consultent pas les 70% de la population qui se débat dans la pauvreté et la misère, ni les 4 millions de déplacés du fait du terrorisme de l’Etat. Elles ne consultent pas les 50% de la population économiquement active qui connaît l’angoisse quotidienne du chômage et du sous-emploi. Elles ne consultent pas les syndicalistes persécutés, ni les indigènes agressés, ni les négritudes oubliées, ni les étudiants réprimés. 80% de la popularité d’Uribe relèvent d’une farce et n’est que le résultat de la manipulation la plus répugnante de l’opinion.
Q : que peut-on espérer de la nouvelle génération de commandants qui a assumé la conduite des FARC : une ligne militaire plus dure ou, au contraire, l’accès à la politique totale ?
R : qu’elle continue à suivre le chemin tracé par l’inoubliable Commandant en chef Manuel Marulanda Vélez, c’est-à-dire celui de la politique totale, qui est la lutte stratégique pour la prise de pouvoir par la voie des armes et de l’insurrection, à travers laquelle on parviendrait à la création d’un gouvernement révolutionnaire, ou par la voie des alliances politiques en vue de l’instauration d’un gouvernement réellement démocratique, en résonance avec la Plateforme Bolivarienne pour la Nouvelle Colombie.
Q: selon les soit-disant ordinateurs saisis auprès du commandant Raúl Reyes, les FARC ont été financées par le gouvernement du Président Hugo Chávez. Qu’y a-t-il d’exact là-dedans ?
R : si cela avait été le cas, nous aurions déjà renversé le gouvernement, cette marionnette des Etats-Unis. Cette affirmation constitue un prétexte interventionniste. Ce qui doit attirer l’attention en Amérique latine et dans le monde, ce sont les 10 milliards de dollars que la Maison blanche a apportés au gouvernement terroriste d’Uribe pour massacrer le peuple, le faire disparaître, le spolier, le déplacer… La Colombie est le premier récipiendaire de l’aide militaire des Etats-Unis en Amérique latine, et le troisième dans le monde. Bien sûr, le gouvernement de Washington appuie de cette manière son homme de paille favori pour la déstabilisation de la région, pensant contenir la puissante fore bolivarienne que l’on voit déjà venir à l’horizon de ce siècle. Un tribunal des peuples doit amener sur le banc des accusés l’empire rapace et violent qui veut continuer à asservir les peuples.
Q : les FARC ont-elles financé la campagne présidentielle de Rafael Correa en Equateur ? Et comment ?
R : c’est un contre-sens. Ce sont les FARC qui ont besoin de l’action de l’internationalisme solidaire des peuples du monde.
Q: avec toutes les difficultés qui ont surgi autour du thème de la présence de la guerrilla en tant que prétexte ayant déclenché la crise diplomatique entre la Colombie et l’Equateur et entre la Colombie et le Venezuela, la nécessité ne se pose-t-elle pas de reconsidérer la poursuite de cette forme de lutte, surtout dans le contexte de la menace latente des Etats-Unis à travers l’argument qu’ils agiront contre ceux dont ils considèrent qu’ils appuient le terrorisme ?
Q : la question de la lutte armée ne se pose pas. Les causes qui l’ont motivée n’ont pas changé. Les oligarchies ne veulent que d’une paix qui ne touche pas à leurs privilèges, qui ne modifie pas les structures politiques, économiques et sociales qui ont engendré la pauvreté publique. La stratégie de domination des Etats-Unis est déjà définie et le prétexte n’a pas d’importance. Ce que veulent les gringos, c’est le pétrole du Venezuela, le gaz de Bolivie, les richesses de l’Amazonie et la misère pour nos peuples. L’articulation de la résistance aux politiques agressives de l’empire s’impose. Je veux rappeler qu’à travers les fusils des guerrilleros des FARC, ce sont les peuples de Notre Amérique qui résistent. Et pour ce qui est de la pertinence de la lutte armée, une réflexion du Libertador : ‘Lors même que les conséquences de la résistance au pouvoir seraient alarmantes, il n’est pas moins vrai qu’il existe dans la nature de l’homme vivant en société un droit inaliénable qui légitime l’insurrection’. Tant que les FARC existeront, personne ne pourra ôter son fusil au Che.
Q: la Guajira appartient au Venezuela, comme le dit le Président Chávez ?
R : sans aucun doute, la Guajira appartient à la Colombie de Bolívar et du premier précurseur de l’indépendance de Notre Amérique, le généralissime Francisco de Miranda. Notre critère est le même que celui présenté par le Libertador à Páez : ‘j’ai oublié de vous dire que nous avons pensé fusionner deux ou trois moitiés des départements de Boyacá, Zulia et Barinas pour qu’il n’y ait plus de frontière entre le Venezuela et la Nouvelle-Grenade, parce que c’est cette division qui nous tue, et c’est pour cela que nous devons la détruire’. Une réaffirmation pour terminer : nous avons juré de vaincre, et nous vaincrons.
FIN