LA COLOMBIE VA, HELAS, RETOMBER EN ENFER
08 février 2010
Avec l’avènement d’Alvaro Uribe au pouvoir en 2002, j’ai sincèrement cru qu’enfin cette admirable Colombie, pour les qualités de son peuple, allait enfin se dépouiller de sa vieille défroque : violence, drogue, terrorisme, corruption, pour rejoindre le Premier monde.
Mes espoirs s’évanouissent au fil de l’eau, ou plutôt des torrents de sang, de boue et de pourriture que véhicule l’actualité du pays andin.
La Colombie va retomber en enfer, après avoir réussi à en faire émerger sa tête, grâce, il faut le dire, à l’action d’un président énergique, mais aux pieds d’argile.
Le 31 mai prochain, les 46 millions de Colombiens vont se donner un nouveau président, qui ne sera plus Alvaro Uribe. Quel que soit le nouvel élu – probablement Juan Manuel Santos, héritier du groupe qui dirige les médias locaux avec le quotidien El Tiempo et l’hebdomadaire Semana -, je crains cette rechute, tant les programmes des candidats à la succession manquent d’une totale originalité.
Je souhaite me tromper, bien entendu, pour le bien de la Colombie, dont les travailleurs, employés, cadres et femmes ou hommes de bien – l’énorme majorité – ne méritent pas un tel retour en arrière.
Voyons d’abord le bilan d’Alvaro Uribe :
- En 2002, il hérite d’un Etat confronté à 3.200 enlèvements perpétrés chaque année par la guérilla.
- En 2009, le chiffre tombe à moins de 200 par an.
- Les crimes passent dans le même temps de 45.000 à 15.000 par an.
- Trafiquants de drogue, dirigeants des FARC et chefs des paramilitaires sont extradés aux USA pour y être jugés, par centaines.
- 30.000 paramilitaires se rendent et déposent les armes, dans le cadre de la loi Justice et Paix.
- Le n°2 des FARC, Raul Reyes, est abattu par l’armée colombienne le 1er mars 2008.
- Les héros de l’opération Jaque, le 2 juillet 2008, tous des agents secrets colombiens, libèrent Ingrid Beancourt et 14 autres otages des FARC, dont 3 Américains enchaînés depuis cinq ans dans la jungle.
Dans le même temps, quel est le passif :
- Les cultures de coca, base de la cocaïne, continuent dans les mêmes proportions malgré les six milliards de dollars apportés par les USA, grâce au démocrate Bill Clinton, pour éradiquer les plantations.
- AUCUNE ambassade colombienne n’a jamais rapporté en public ni les succès ni les projets du gouvernement colombien à l’étranger, notamment à Paris pendant les six ans du scandale Ingrid Betancourt (un scandale français !).
- Uribe s’est entouré de personnages peu recommandables, comme son ministre de l’Intérieur Fabio Valencia Cossio, ou son ex-conseiller José Obdulio Gaviria.
- L’armée, respectable à la base, subit le contrecoup des accusations contre les « faux positifs », ces centaines de jeunes gens de la banlieue abattus comme s’ils avaient été tués par la guérilla, pour renforcer les bilans des succès militaires.
- Les procureurs successifs, censés représenter la Nation souveraine comme dans n’importe quel Etat de droit, n’ont jamais entamé la moindre poursuite contre les complices des FARC au plus haut niveau, comme la sénatrice proche de la guérilla Piedad Cordoba, et les membres de la Cour suprême en cheville avec la mafia.
- Pis encore : jamais le pouvoir n’a daigné défendre le colonel Alfonso Plazas, héros de la libération du palais de justice de Bogota en 1985, mais incarcéré depuis deux ans sans aucune preuve que de faux témoignages pour la présumée disparition de 11 personnes, alors que ni le président de l’époque Belisario Betancur, ni les chefs de l’Etat-major n’ont été inquiétés, pas même entendus !
- Le président est entouré de marionnettes incapables de signifier à l’international la réalité du pays. Le dernier exemple est tragique : les autorités se sont emballées à réagir aux attaques de l’ONG amie des FARC, HRW, sur la résurgence des paramilitaires, au lieu de répondre par une démonstration de la terreur qui frappe le pays : celle des tereroristes, FARC et ELN. Hugo Chavez avait expulsé les dirigeants de HRW l’an dernier, mais Alvaro Uribe accepte qu’ils viennent dans son pays pour cracher sur lui, ce qui est positif, sans leur mettre les vrais points sur les « i ».
Je pourrais continuer, mais cette démonstration suffit à conclure sur la tragédie qui attend la Colombie, en l’absence d’une véritable équipe désintéressée, sans aucun lien avec les élites qui continuent de sucer le suc du pays.





