Le 5 février 2009
Voici la traduction annoncée par COLIBRI que nous remercions chaudement !
“La présence, dimanche 1er février 2009, des journalistes Hollman Morris, Leonardo Acevedo et Camilo Raigozo (le premier, correspondant de Radio France Internationale, RFI, et les deux autres de l’hebdomadaire communiste colombien Voz), sur le lieu choisi par les FARC pour remettre en liberté les quatre otages (policiers et militaires), a mis en péril leur vie tout autant que la réalisation de cette opération de sauvetage.
Ce sont elles, les FARC, et non le gouvernement, qui ont mis sur pied cette provocation, peut-être avec l’intention que l’armée les attaque et que tout cela se termine dans un bain de sang. Ce qui est grave, c’est qu’un media français (RFI) et l’organe de presse du Parti communiste colombien sont impliqués dans cette provocation. Ce qui est grave aussi, c’est qu’au demeurant, personne n’en fait aujourd’hui le reproche aux FARC, alors que les medias, en revanche, répercutent, sans prendre aucune distance critique avec cette affirmation, le mensonge inventé par le journaliste Enrique Botero, membre de la mission humanitaire, selon lequel l’Armée colombienne a tenté d’“entraver” ce sauvetage.
Il est évident que le but des quatre journalistes impliqués dans cette affaire (Botero, Morris, Acevedo et Raigozo) n’était pas de contribuer au succès de la mission humanitaire, mais d’aider à mettre sur pied une opération de propagande en faveur des FARC, lors même que cela ferait courir des risques aux otages. Par là-même, les FARC ont rompu l’accord qu’elles avaient avec la Croix Rouge Internationale en invitant et en incluant subrepticement trois personnes (Morris, Acevedo et Raigozo), qui n’étaient pas prévues dans les plans de la mission, afin qu’elles arrivent dans la zone de la libération avant la mission humanitaire. Une telle incursion, abusive et extrêmement dangereuse, était impossible à réaliser sans une aide directe des FARC (du fait des anneaux de sécurité - ceux des FARC comme ceux de l’Armée - et des mines antipersonnelles qui entourent certains des campements des FARC).
Les trois étaient donc de mèche avec les ravisseurs, puisque seules les FARC, les autorités brésiliennes et la Croix rouge internationale connaissaient les coordonnées de l’endroit où se trouvaient les otages. Par ailleurs, Jorge Enrique Botero, l’auteur de la fausse information ultérieure sur les “opérations militaires” qui auraient “entravé” la remise des quatre otages –élément qui a été démenti par les quatre libérés, par les autorités colombiennes et par le colonel brésilien Aquiles Furlán, lequel a nié catégoriquement au micro de la radio colombienne qu’il y ait eu dimanche des tirs ou quoi que ce soit de semblable dirigés contre eux, - a vendu à la presse nord-américaine, spécifiquement à Associated Press, quelques photos de cet évènement (publiées par le Washington Post le 2 février), ce qui prouve qu’il ne figurait pas, au sein de cette mission de sauvetage des otages, en qualité de témoin et de garant, mais bien en tant que journaliste et agitateur.
Botero, qui affirme que des avions militaires colombiens ont effectué des survols “en cercle” au-dessus du point où se trouvaient les quatre otages, a révélé en outre qu’il était arrivé au campement de la guerrilla porteur d’un équipement électronique qui lui a permis d’enregistrer “ les conversations des équipages militaires qui (sic) donnent des ordres et disent qu’il faut aller les chercher par la voie terrestre” (source : El Espectador, Bogotá, 2 février 2009). Tout indique que l’équipement électronique sophistiqué utilisé par Jorge Enrique Botero appartient à Telesur.
Botero est le correspondant de cette agence de presse vénézuélienne. Néanmoins, sa présence au sein de cette mission n’avait rien à voir avec le journalisme, aux termes d’un accord qu’il avait accepté et dont il a ensuite violé les termes. A la différence de Botero, le journaliste Daniel Samper Pizano, qui a également fait partie de cette mission humanitaire, en qualité de garant, a eu un comportement de respect absolu du statut de neutralité exigé des membres de cette mission.
Comme l’équipage de l’hélicoptère brésilien impliqué dans la mission humanitaire n’a pas accepté de transporter Hollman Morris après le sauvetage des otages, au motif qu’il ne faisait pas partie de la mission, le journaliste a quitté le campement de la guerrilla par la voie terrestre et à été soumis ultérieurement, à Unión Peneya, à un contrôle de la part des militaires.
Un communiqué du ministère colombien des relations extérieures reconnaît ce fait et explique que “le commandant de la base militaire lui a proposé, à titre préventif, une protection, que Monsieur Morris a rejetée”. La chancellerie colombienne a souligné qu’Hollman Morris “bénéficie de mesures préventives sollicitées par la Commission interaméricaine des droits de l’homme” et que “bien qu’il invoque un risque extraordinaire pour sa vie, il s’est exposé à un risque extrême [en se rendant dans le campement des FARC], sans informer l’Etat dont il revendique la protection”.
Le ministère public colombien (le parquet) a ouvert une enquête préliminaire pour déterminer si Hollman Morris s’est rendu coupable du “délit de contrainte illégale, de menace ou autre délit, au cours des faits vécus par les agents de force publique avant leur libération” (source : El País, Cali, 4 février 2009). Mais il ne s’est pas prononcé sur le rôle joué par Jorge Enrique Botero et par les journalistes de Voz dans les faits qui se sont déroulés dimanche dernier 1er février.
Quant à RFI, tout indique que cette radio essaie de prendre ses distances avec l’affaire dans laquelle est impliqué son correspondant en Colombie. Dans un communiqué, RFI a indiqué qu’“aucune interview liée à cette libération [des policiers et du militaire] n’a été proposée par Hollman Morris ” à RFI et que ladite radio ne lui en avait pas demandé. Le communiqué ajoute qu“aucune déclaration des otages n’a été diffusée ou utilisée dans les programmes de RFI”. Si Morris n’a pas enregistré ces déclarations pour RFI, on ne comprend pas pourquoi il a accepté de courir de tels risques énormes, pour sa vie et pour celle des otages. Il ne faut pas oublier ceci, les déclarations très claires des ex-otages libérés le 1er février, surtout celles de Juan Fernando Galicia et de Walter José Lozano. Ceux-ci ont expliqué à Bogotá comment les hommes des FARC les avaient préparés et obligés, eux, les otages “libérables”, sous la menace de les tuer ou de ne pas les remettre en liberté, à mentir à des journalistes qui allaient les interviewer (Morris, Acevedo y Raigozo), avant leur libération.
Le président Alvaro Uribe, qui a suspendu les survols dans la zone de libération des otages, même à une altitude supérieure à 20 000 pieds, a expliqué que les survols militaires du 1er février avaient été inclus dans les accords passés avec la mission humanitaire. Le chef d’Etat a critiqué avec force l’attitude de Jorge Enrique Botero et d’Hollman Morris, qui, selon lui, ont profité de la mission pour se faire “les complices permissifs du terrorisme”. Uribe a particulièrement critiqué l’attitude de Botero qui “n’a pas respecté les règles du jeu” de la mission humanitaire. “Il ne s’y est pas joint en tant que garant, mais en tant que publiciste du terrorisme. La liberté de la presse, c’est une chose, mais c’en est une autre d’utiliser la carte de journaliste pour se transformer en publiciste du terrorisme”.
Botero, Morris, Acevedo et Raigozo sont une honte, un discrédit pour la profession de journaliste. Ce qu’ils ont fait dans ces circonstances est une insulte pour tout journaliste qui se respecte. Ils ne se sont pas rendus dans ces endroits pour obtenir honnêtement des informations pour leurs lecteurs. Ils se sont déplacés là-bas pour y jouer un rôle écrit à l’avance par d’autres, pour se mettre au service d’une propagande, de la propagande d’un groupe terroriste. Avec cette manœuvre, les FARC ont violé les termes de leur accord avec la Croix rouge internationale et se sont moqué du reste des journalistes du pays et du monde. Dans deux lettres adressées à Antoine Schwarts, président de RFI, et à la Commission interaméricaine des droits de l’homme, les ex-otages libérés, Walter José Lozano Guarnizo, Alexis Torres Zapata, Juan Fernando Galicia Uribe et William Giovanny Domínguez Castro ont demandé que les déclarations forcées et recueillies sous la menace de la mort qu’ils ont données au correspondant de RFI ne soient pas diffusées. Les méthodes utilisées par les FARC, consistant à intimider et à faire mentir leurs victimes sans défense pour essayer de se donner une image internationale positive, expliquent ce qui s’est produit ensuit : la libération de l’otage Alan Jara a été suivie de déclarations inadmissibles de la part de celui-ci.
Nul ne peut plus en douter: les FARC soumettent leurs otages à des menaces et à un traitement psychologique dévastateur pour que ceux-ci, même après avoir retrouvé leur liberté, jouent un rôle néfaste en faveur des terroristes, comme si cela était la chose la plus naturelle qui soit. Espérons qu’avec le temps qui passe, Alan Jara récupérera sa véritable identité morale et intellectuelle et rejettera les violentes déclarations qu’il a lancées contre le gouvernement colombien et contre le pays en général, tout en parsemant son propos d’amabilités et de nuances tendant à atténuer la culpabilité de ses ex-bourreaux, les FARC. Jara a dit, par exemple, que les guerrilleros mettaient des chaînes aux otages, “par mesure de sécurité, pas en tant que méthode de torture”. Quelles nouvelles manigances et quelles provocations les FARC auront-elles conçues pour exploiter la remise en liberté de Sigifredo López? La Colombie devrait ouvrir les yeux face aux manœuvres médiatiques sophistiquées des FARC.
Les journalistes devraient se poser cette question: comment est-il possible qu’un journaliste accepte de jouer un rôle dans une opération de propagande des FARC? Comment est-il possible qu’un journaliste interroge de manière insistante une personne qui vient de sortir de plus de sept ans de séquestration aux mains des FARC, comme c’est le cas d’Alan Jara ? Un être humain qui a souffert d’un tel isolement et de tels traumatismes peut-il répondre aux questions et aux insinuations des journalistes ? Je ne le crois pas. C’est une chose de donner la parole aux otages, pour qu’ils s’expriment librement, comme ce fut le cas à la Casa de Nariño ; c’en est une autre de les soumettre, comme ce fut le cas pour Jara à Villavicencio, à une rafale de questions difficiles. Nous autres journalistes devrions nous refuser à profiter de la faiblesse d’ex-séquestrés pour leur soutirer des déclarations de haute politique qu’ils pourraient ensuite devoir regretter. Ce qui s’est passé avec les journalistes Morris, Acevedo, Raigozo et Botero montre jusqu’à quel point les FARC sont parvenues à pénétrer le monde de la presse. Cela doit attirer notre attention. La profession doit trouver un correctif à cette faille, ou, à défaut, les FARC, et les autres acteurs de la subversion, parviendront de plus en plus à imposer leur volonté aux médias colombiens. La déontologie du journalisme existe, et nous autres journalistes devons lutter pour empêcher que des [groupes] violents la détruisent”.