09 septembre 2009
Une véritable bombe politico-judiciaire vient d’éclater à Bogota sous la plume de l’ancien chef de l’Etat conservateur Andrés Pastrana (1998-2002), à propos de la complicité de Gaviria, Samper et Pardo avec les cartels de la drogue avant la présidentielle en 1994 conclue par l’élection de Samper contre Pastrana. Mes lecteurs seront ravis d’avoir été les premiers à apprendre sur ce blog, depuis des mois, que Samper et Gaviria, au lieu de pérorer contre le régime démocratique d’Alvaro Uribe, devraient purger de lourdes peines de prison pour leurs liens avec leS cartel de Cali et de Medellin.
Le détonateur, Andrés Pastrana, n’y va pas de main morte dans la lettre qu’il a adressée hier à César Gaviria. Il accuse cet ancien président (1990-94) d’avoir occulté les révélations que Pastrana lui avait apportées, avant le scrutin de 1994, avec des enregistrements (les fameuses « narco-cassettes) sur le financement de la campagne électorale de Samper par le cartel de Cali.
Il met aussi en cause Samper, informé par Gaviria du contenu des enregistrements avant le scrutin. Les deux hommes avaient maintenu un total blackout sur ces révélations jusqu’au vote. Le « libéral » Samper l’avait alors emporté de peu sur le conservateur Pastrana.
Je rappelle pour les non-initiés que Samper avait passé les quatre ans de son mandat (1994-98) à éviter d’être jeté en prison, dans le procès dit des « 8.000 » (le numéro judiciaire du dossier criminel à Bogota) qui avait démontré le versement à sa campagne de six millions de dollars par les frères Rodriguez, alors chefs du cartel de Cali, et extradés récemment aux USA par Alvaro Uribe. Seul Fernando Botero, fils du célèbre peintre et sculpteur, alors ministre de la Défense de Samper, avait été jugé et incarcéré, pendant trois ans, après avoir reconnu les faits. Il avait alors servi de bouc-émissaire, et assuré que Samper “savait tout” de l'origine délicteuses de ses fonds. Le tésorier de la campagne de Samper, Santiago Medina, avait fini par se “suicider”.
Le président Samper avait échappé aux ténèbres des cachots grâce à l’appui d’un Congrès corrompu jusqu’à l’os par les prébendes du narcotrafic. Ingrid Betancourt, alors députée, avait fait une grève de la faim de 12 jours à l'intérieur du Congrès pour exiger la mise en accusation de Samper. Dans son livre La rage au coeur, elle accuse Samper d'avoir tenté de la faire supprimer à de nombreuses reprises. Les accusations d’Andrés Pastrana n’ont pas été démenties par Gaviria, qui a déclaré « ne plus vouloir parler du procès 8.000 ».
Vous qui me lisez n’ignorez plus rien des autres « casseroles » que traîne Gaviria depuis ses cadeaux d’ordre criminel, je pèse mes mots, au chef du cartel de Medellin, Pablo Escobar (abattu en 1993 par la polie). Coupable de 500 meurtres de policiers, de l’attentat contre le DAS (services secrets) avec 70 morts en 1990 ou encore contre un avion de ligne d’Avianca (130 morts), du trafic de milliers de tonnes de cocaïne entre la Colombie et les USA, « le patron » (Escobar) avait bien été enfin arrêté par la police de Gaviria, mais le chef de l’Etat lui avait permis de construire sa propre prison, la « Cathédrale », sur les hauteurs de Medellin. J’ai pu visiter les lieux en 2003. L’endroit est idyllique, en pleine forêt tropicale, avec vue lointaine sur l’aéroport de la ville. A la place de cellules, Escobar et ses hommes, tous « détenus » en principe, avaient fait construire des appartements avec jacuzzis, sol en marbre, hamacs sur les terrasses, et terrain de football où venait jouer avec eux un gardien de but international colombien. Quand il fut question d’extrader Escobar, le caïd de la drogue prit ses cliques et ses claques avec son armée de soudards. Samper, lui, n’a toujours rien dit, et pour cause. Je vous rappelle qu’il ne peut plus mettre le pied aux USA depuis cette époque, puisque son visa lui a été retiré. C’est un délinquant en liberté dans son pays. Pour se dédouaner de son passé criminel, il passe son temps à conter fleurette aux FARC, dont il défend les positions pour un échange dit « humanitaire », quand ce terme ne peut en rien concerner les otages des terroristes, détenus dans les camps de concentration d’une guérilla appuyée par les régimes néo-communistes de Hugo Chavez (Venezuela) et de Rafael Correa (Equateur). Avec les preuves apportées par Andrés Pastrana, pour qui la vengeance, à l’évidence, est un plat qui se mange froid, au bout de 15 ans de silence, le Parquet colombien, sous peine de se discréditer, se voit contraint d’ouvrir des poursuites contre Gaviria et Samper.
Un autre membre de l’élite colombienne, Rafael Pardo, finira lui aussi dans les geôles colombiennes si le Parquet se secoue enfin. Dans sa lettre, Pastrana relate la réaction de cet individu, alors ministre de la Défense, et présent à l’entretien au cours duquel avait été révélé par lui au président Gaviria les « narco-cassettes ». Décomposé, Pardo avait alors invité Pastrana à son domicile pour l’implorer d’accepter un « pacte de gentilshommes » (pacto de caballeros) et de faire silence sur les narco-cassettes. Pastrana avait finalement refusé. Les enregistrements avaient alors filtré vers la presse, après la victoire de Samper. Le scandale ne devait plus avoir de fin, jusqu’au vote du Congrès exonérant Samper de toute culpabilité. Le ministère public colombien se doit de réagir, et vite, à cet ébranlement de la démocratie colombienne, avec la mise en accusation immédiate de ces trois félons, comme il a su le faire, mais injustement, 24 ans après les faits, contre le colonel Alfonso Plazas Vega. Ce héros colombien est détenu depuis deux ans, par la grâce de faux témoins, pour la présumée disparition de 11 terroristes du M-19 après qu’il eût libéré le Palais de justice de Bogota occupé puis incendié par cette guérilla sanguinaire le …6 novembre 1985. Les tueurs du M-19 avaient abattu 115 personnes, dont 55 juges. Les rebelles avaient agi avec la complicité et l’appui en armements des cartels colombiens de la drogue pour brûler tous les dossiers judiciaires de ces barons de la cocaïne, et leur éviter ainsi une extradition inéluctable aux USA.
Les auteurs intellectuels de cette tragédie ont été, eux, amnistiés, et s’écroulent de rire, dans les dîners en ville, à propos de l’incarcération de leur ennemi de l’époque. L’un d’eux n’est autre que Gustavo Petro, aujourd’hui sénateur. César Gaviria, pour le récompenser de ses crimes, l’avait nommé diplomate à Bruxelles en 1993 ! Le Colonel Plazas avait alors crié devant la presse, avant de reprendre le Palais de justice : « ici, je défends la démocratie, maître ! ». Ce régime judiciaire qu’il a alors sauvé ne lui en sait aucun gré, et le maintient entre les quatre murs d’une infâme prison, quand les auteurs de la boucherie courent les rues de Bogota. Voici le texte intégral de la lettre d’Andrés Pastrana à César Gaviria :
Bogotá, 8 de septiembre de 2009Señor
César Gaviria Trujillo
Ex Presidente de la República
CiudadEstimado señor ex Presidente:Con mucho interés he seguido sus planteamientos sobre la corrupción del proceso del referendo, el fracaso de la política de salud, el rezago en infraestructura y vivienda social, el desempleo, la miseria y otros temas de actualidad. Sin embargo, me ha sorprendido que tan importante debate haya desembocado en una confrontación a la ligera por un episodio de nuestra historia reciente del cual fui un protagonista. Permítame, por lo tanto, terciar para complementar su versión abreviada del tristemente célebre episodio de los llamados “narcocasetes”.
Acudí a usted, a días de las elecciones presidenciales, apelando a su investidura de Primer Magistrado de la Nación e invocando políticamente al Presidente que encarnaba el mandato moral de Luis Carlos Galán.
Entregué unas grabaciones de procedencia anónima, no verificadas. Tras oírlas, debo reconocer que usted no vaciló en calificar inmediatamente al hecho como “lo más grave que le ha pasado al país y a la democracia”. Más adelante se refirió a la relación con el Cartel de Cali de uno de sus funcionarios de mayor confianza y sus razones para obligarlo a renunciar. El allí presente ministro de Defensa añadió que “nunca había oído grabaciones tan comprometedoras” en relación a alianzas políticas con el narcotráfico. De principio a fin le manifesté al Primer Magistrado que el proceso quedaba en sus manos.
Un paréntesis. Interrogado esta semana en el programa La W confirmó usted que verificó que se trataba de personajes del Cartel de Cali y la campaña del Partido Liberal (”Yo mandé a cotejar las voces y comprobamos efectivamente que las voces eran legítimas”). La expedita verificación le fue comunicada al candidato Samper, la víspera de las elecciones. A mí se me mantuvo en la oscuridad, maniatado por la duda sobre la veracidad de las cintas.
Tras la reunión en el despacho presidencial, el ministro de Defensa estaba visiblemente conmocionado. Nos invitó horas más tarde junto con mi jefe de campaña a su casa y durante la conversación planteó la posibilidad de considerar un “pacto de caballeros” para guardar silencio sobre el asunto, a lo cual me negué repetidas veces. Ante su insistencia, al despedirme prometí reconsiderar la propuesta con cabeza fría. Apenas un par de horas más tarde, mi jefe de campaña les habría de reafirmar que el pacto era un imposible.
Las elecciones fueron presididas por usted bajo una guisa de normalidad a pesar del desafío descarado del crimen organizado. Puesto el asunto en sus manos, como era mi deber, debí enfrentar las urnas sin que se me hubiesen entregado las pruebas que el gobierno ya tenía en sus manos. Debí reconocer entonces “el triunfo numérico, mas no el triunfo moral” de mi adversario. No tenía otra opción. No fue sino hasta después de las elecciones que el noticiero 24 Horas decidió revelar la existencia de las cintas.Si el portador de las malas noticias ha debido ser el Primer Magistrado y no el denunciante; si el país ha debido ser informado de la alianza non sancta por el Presidente de la República, garante de la pureza electoral, antes de ir a las urnas; si el documento se debió revelar posteriormente por los medios que tenían las cintas en sus manos antes de las elecciones; si los electores acudieron a las urnas sin la verdad completa, son interrogantes y dilemas difíciles, pero sin fecha de vencimiento.Afortunadamente para el país de hoy, la perspectiva de los hechos es otra. Y las lecciones para la siempre amenazada democracia son cada día más claras.Sin otro particular, me suscribo del señor ex Presidente.
Cordialmente,
Andrés Pastrana