UNE VERITABLE GUERRE A COUTEAUX TIRES OPPOSE L’OPPORTUNISTE SARKOZY ET LE GAULLISTE VILLEPIN DANS UN DUEL A MORT
29 janvier 2010
La guerre de succession est en marche en France, deux ans avant la présidentielle de 2012, entre deux « tueurs », Nicolas Sarkozy le président opportuniste, et l’héritier, en tout cas celui qui se présente comme tel, du gaullisme social, Dominique de Villepin. La haine entre les deux figures de proue de la droite atteint déjà son paroxysme.
Dans l'affaire Clearstream, une falsification de fichiers visant à imputer des comptes occultes à l'étranger à des personnalités, dont Nicolas Sarkozy, le principal accusé, Villepin, a été relaxé hier par le tribunal de Paris, mais deux de ses présumés complices condamnés à des peines de prison ferme.
Le parquet avait demandé une peine de 18 mois avec sursis contre Villepin, qui avait alors dénoncé l’intention de Sarkozy, partie civile, de vouloir « le pendre à un croc de boucher ». Villepin avait été le dernier Premier ministre de Jacques Chirac, avec pour ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, avant l’élection de ce dernier à la présidentielle en 2007.
Le triomphe aura été de courte durée pour Dominique de Villepin, visé par un appel du parquet moins de 24H00 après sa relaxe. Il devra comparaître dans un nouveau procès Clearstream, prévu dans un an, à la veille de la campagne pour la présidentielle.
“La décision est une décision de nature politique”, s'est empressé de dénoncer Dominique de Villepin. Le procureur de Paris Jean-Claude Marin “savait qu'il n'y avait rien dans ce dossier à me reprocher”, a-t-il ajouté. A 08H15, M. Marin, qui avait requis contre Dominique de Villepin 18 mois avec sursis et 45.000 euros d'amende, avait annoncé sur Europe 1 sa décision “d'interjeter appel”.
“De manière un peu surprenante, le jugement ne condamne pas Dominique de Villepin“, a dit le haut magistrat, ajoutant: “Tout n'a pas été dit dans cette affaire. Il y a place encore pour faire émerger une part de vérité”.
Alors qu'il couvait jeudi, l'esprit de revanche a repris le dessus vendredi, Dominique de Villepin allant jusqu'à dire que dans cette affaire Nicolas Sarkozy, partie civile, avait “menti” sur la date à laquelle il a été informé du dossier.
Cet appel “montre qu'un homme, Nicolas Sarkozy, le président de la République préfère persévérer dans son acharnement, dans sa haine plutôt que d'assumer la responsabilité de sa fonction en tant que garant de la justice française”, a réagi l'ancien Premier ministre, relevant que M. Marin était “sous l'autorité hiérarchique du garde des Sceaux et du président de la République”.
Dès jeudi, le principe d'un second procès était acquis. Le mathématicien Imad Lahoud et l'ancien vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin, considérés comme les principaux auteurs du complot et condamnés à respectivement 18 et 15 mois ferme, avaient immédiatement annoncé qu'ils faisaient appel.
Nicolas Sarkozy avait fait savoir, lui, qu'il ne ferait pas appel. Cette annonce a été dénoncée comme intempestive par le quotidien Libération. Une partie civile, quelle qu'elle soit, peut faire appel sur les dommages et intérêts dans une procédure mais n'a pas le pouvoir de contester une relaxe. Ce rôle revient au seul parquet !
Les déclarations tardives de l’avocat du président, Me Thierry Herzog, laissaient clairement pressentir l'insatisfaction de son client. Il disait avoir “le sentiment” que “le ou les commanditaires n'ont pas été condamnés”.
Vendredi matin, M. Marin a assuré de son indépendance: “Je n'ai pas besoin de recevoir d'instructions de quiconque pour faire appel”. C'est “ma décision”.
Du point de vue du droit, cet appel est conforme à la pratique: sur les affaires sensibles, il est rare que le parquet, après avoir requis la condamnation d'un prévenu, se dédise et renonce à faire appel lorsque ce dernier est relaxé.
Mais les syndicats de magistrats sont bien peu convaincus par les dénégations de M. Marin. Cette affaire est une pierre dans leur jardin. Ils appellent en effet à une plus grande indépendance du parquet, trop lié selon eux au pouvoir politique.
“Je ne sais pas s'il a reçu des instructions, mais je constate que ça permet à M. Sarkozy de se montrer magnanime en disant +je ne fais pas appel+, et d'obtenir la poursuite de cette procédure contre son adversaire politique”, analysait Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature.
Selon M. Marin, le procès en appel pourrait avoir lieu “fin 2010 ou début 2011″. Dominique de Villepin y comparaîtra aux côtés de MM. Gergorin et Lahoud.
Vendredi, son avocat Olivier Metzner se montrait serein: “On voit mal comment l'argument remarquablement documenté du tribunal pourrait être infirmé en appel”.








